Pourquoi et comment remplacer la punition?

Vous lui avez répété 20 fois, de ne pas courir sur le trottoir, de ne pas jouer avec les fruits au supermarché, ne de pas oublier son cartable le matin en partant à l’école. Vous avez même testé toutes sortes de punitions, en espérant impacter positivement son comportement, qu’il ne recommence pas!!! Et pourtant rien y fait, il continue! alors, pourquoi les punitions sont inefficaces et comment les remplacer?

Pourquoi remplacer la punition?

Imaginons la situation suivante: vous avez 10 ans, vous jouez tranquillement avec vos camarades à la sortie de l’école avec pour consigne de rentrer à 18h. Vous vous amusez, vous rigolez jusqu’à en oublier le temps qui passe. Quand vous pensez à vérifier l’heure, il est déjà 18h15. De retour chez vous, votre mère est furieuse. Afin d’éviter que cela ne se reproduise, elle vous interdit de sortie pour les prochains soirs de la semaine.

Que ressentez-vous? De l’injustice effectivement, et c’est bien normal!!!

Je demande souvent aux parents que j’accompagne « selon vous, pourquoi punit-on? ». Les réponses sont diverses:

  • « pour que mon enfant comprenne, qu’il ne recommence pas »
  • « parce que je ne sais pas quoi faire d’autre »
  • « parce qu’il n’y a que ça qui fonctionne avec mon enfant »

Quelques soient les réponses toutes se rejoignent sur le fait de vouloir modifier un comportement indésirable. Quand on s’intéresse à la question des punitions on remarque que « punir c’est faire mal à l’autre dans le but de l’amener à faire bien ». Comme si un mauvais comportement permettait d’en apprendre un bon. Comme s’il fallait souffrir pour apprendre.

Mais en quoi, priver un enfant de sortie lui apprend à rentrer à l’heure la prochaine fois? Comment l’enfant peut il comprendre et expérimenter un nouveau comportement adapté à partir de cette punition?

La punition est l’expression d’un rapport de force dans lequel le dominant (l’adulte) exerce son pouvoir sur le dominé (l’enfant). la punition s’exerce dans le cadre d’un pouvoir personnel et peut paraître arbitraire car elle dépend du bon vouloir de l’individu en position de supériorité. Jane Nelsen, Dicsipline positive.

Pourquoi les punitions sont inefficaces sur le long?

Selon Thomas Gordon auteur de « Eduquer sans punir », pour qu’une punition fonctionne il faudrait:

  • punir systématiquement un comportement déjà puni auparavant
  • punir immédiatement après le mauvais comportement
  • punir lorsque l’enfant est seul, sans camarades.
  • ne jamais récompenser un comportement qui a été puni auparavant
  • punir pas trop sévèrement ni trop souvent

Autant de conditions difficiles à réunir, qui expliquent l’inefficacité de certaines punitions. Il faut savoir que sur le court terme les punitions peuvent fonctionner avec certains enfants. Ils ne recommencent pas par peur des représailles. Malheureusement ils n’apprennent pas à adopter un bon comportement. Les punitions sont basées sur un comportement passé, elles ne sont pas constructives car bien souvent le but est de faire payer l’enfant.

Les effets négatifs des punitions:

Les punitions peuvent avoir des effets négatifs sur le long terme car l’objectif de l’enfant n’est pas d’avoir un bon comportement mais plutôt d’éviter les punitions. Pour cela il peut alors développer tout un tas de stratégies. Jane Nelsen auteur de « la discipline positive », parle des 4R de la punition:

  • Revanche
  • Rebellion
  • Retrait
  • Rancune

A cette liste nous pouvons ajouter que souvent les punitions entraînent:

  • un sentiment d’injustice qui engendre un sentiment de colère envers l’adulte.
  • un recours à la dissimilation ou au mensonge pour ne pas subir la punition.
  • une perte de confiance, l’enfant pense qu’il ne vaut rien, qu’il est mauvais.
  • un sentiment d’humiliation.
  • une altération du lien parent/enfant: l’enfant se sent incompris par son parent.
  • une absence de responsabilisation, l’enfant pense payer sa dette, il ne tire aucune leçon de son erreur.
  • une certaine soumission: l’enfant subi et se conforme aux exigences de l’adulte.
  • un impact négatif important sur le plan de la santé mentale: la punition provoque un stress chez l’enfant entraînant la sécrétion de cortisol qui, en trop grande quantité, peut altérer certaines zones cérébrales.
Punir l’enfant, lui faire peur est nuisible et provoque chez lui la crainte de l’adulte et non son respect. Catherine Gueguen 

Bien sure il ne s’agit pas de fermer les yeux. La parentalité positive est souvent assimilée au laxisme. L’idée n’est pas de supprimer la punition sous prétexte d’être bienveillants, l’idée est plutôt de responsabiliser l’enfant! Et c’est bien là tout l’intérêt! Privilégier des alternatives plus efficaces qui seront des opportunités d’apprentissage.

Comment remplacer la punition?

J’invite souvent les parents à changer de regard sur les comportements inadaptés, y voir l’occasion d’apprendre un bon comportement à votre enfant. L’idée est de transformer l’incident en opportunité d’apprentissage. Bien sure c’est plus facile à dire qu’à faire. Quand votre bambin, laisse traîner ses jouets dehors sous la pluie,  qu’il utilise votre ordinateur alors qu’il n’ y ait pas autorisé, qu’il casse des objets sous le coup de la colère… Pas facile de garder son calme et d’y voir une occasion d’apprendre! C’est tout à fait normal. Je dirai même que c’est peut être l’étape la plus difficile pour nous parents, quand on souhaite remplacer la punition.

Faber et Mazslich dans leur livre « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent », proposent plusieurs alternatives aux punitions:

Imaginons la situation suivante, vous êtes au supermarché avec votre loulou, il court partout, bouscule les clients et touche à tout:

  • Indiquez lui une façon de se rendre utile: « ta mission pendant les courses est de trouver 3 jolies tomates »
  • Exprimez lui fortement votre désaccord sans attaquer sa personnalité: « je n’aime pas quand tu cours dans le supermarché, ça dérange les clients »
  • Formulez clairement vos attentes: « je veux que tu restes à mes côtés pendant les courses »
  • Montrez lui comment redresser la situation: « Tu as bousculé cette dame, que peux-tu faire pour réparer la situation? »
  • Offrez lui des choix: « tu peux marcher à côté du chariot pendant les courses ou t’asseoir à l’intérieur »
  • Passez à l’action: la semaine suivante, allez au supermarché sans lui.
  • Utiliser la résolution de problème « que pouvons nous faire pour que tu ne cours pas partout dans le supermarché? »
lire aussi: Comment aider un enfant à résoudre ses problèmes?

Vous pouvez utiliser l’une ou l’autre de ces alternatives la prochaine fois que votre enfant émet un comportement indésirable. Par la suite il me parait important de revenir sur les faits avec l’enfant et de lui proposer qu’il « répare » son mauvais comportement. La réparation est selon moi l’alternative la plus efficace, car elle permet à l’enfant de mesurer les conséquences de son acte, d’apprendre un nouveau comportement, de tenir ses engagements, de développer son sens des responsabilités.

Il y a 2 sortes de réparation:

La réparation logique: 

L’enfant a déchiré un livre/il le répare. Il a renversé un verre/il nettoie. Il est rentré 15 minutes plus tard/il rentrera 15 minutes plus tôt demain etc…

La réparation créatrice:

Certains comportements nécessitent que ce soit les parents, qui réparent. Si votre enfant a déchiré son pantalon, c’est vous qui allez le recoudre, s’il a oublié son cartable à la maison, c’est vous qui allez le chercher. Dans ce cas, je vous invite à évaluer le temps nécessaire à la réparation puis demandez à votre enfant qu’il vous restitue ce temps sous la forme de service. « Je dois recoudre ton pantalon, cela va me prendre 10 minutes, je te demande 10 minutes de ton temps pour m’aider, que souhaites tu faire pour cela? »

Quelque soit la réparation choisie, selon Jane Nelsen elle doit être :

  • Reliée au comportement (en lien avec le comportement indésirable)
  • Respectueuse (non culpabilisante)
  • Raisonnable ( proportionnelle à l’erreur)
  • Aidante (permettre à l’enfant de tirer une leçon)

La prochaine fois que votre enfant aura un comportement inadapté, proposez lui de réparer son erreur au lieu de le punir. demandez lui « que pourrais-tu faire pour réparer ce comportement? » Si l’exercice est un peu difficile, vous pouvez l’aider à trouver des réparations. Choisissez en une et évaluez ensuite sa pertinence. Cette réparation est -elle en lien avec son comportement? est -elle respectueuse? raisonnable? Que va t-il apprendre?

Si la réparation n’est pas possible ou si votre enfant refuse de réparer, il faudra alors poser une conséquence.

Comment mettre en place une conséquence:

Tout comme la réparation, une bonne conséquence est une tournée vers l’avenir, elle doit permettre à l’enfant de tirer un apprentissage, l’aider à adopter un comportement plus adapté. Selon Jane Nelsen une bonne conséquence revêt les mêmes caractéristiques que la réparation si ce n’est qu’elle doit être connue de l’enfant à l’avance.

  • Reliée au comportement (en lien avec le comportement indésirable)
  • Respectueuse (non culpabilisante)
  • Raisonnable ( proportionnelle à l’erreur)
  • Révélée à l’avance

Personnellement, dans la mesure où les conséquences doivent être connues et révélées à l’enfant, je propose aux familles que j’accompagne d’élaborer une liste de règles non négociables avec les conséquences à mettre en place en cas de non respect de celles ci. Vous pouvez élaborer les règles et les conséquences en famille, cela sera d’autant plus efficace. Ainsi l’enfant aura son mot à dire.

Pour synthétiser tout ça, je vous ai préparé une petite infographie à garder sous la main! téléchargeable ici

vers une parentalité positive-punitions

Et si dans l’action, tout cela vous parait difficile à mettre en place demandez-vous simplement « qu’est ce que mon enfant doit apprendre de son erreur et comment? »

Marine♥


Ouvrages pour cet article

vers une parentalité positive-punitions   

  



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  • Avez-vous recours aux punitions? Sont-elles efficaces?
  • Proposez-vous à votre enfant de réparer ses erreurs?
  • Avez-vous des alternatives à la punition à partager?

Vos avis, expériences et suggestions sont les bienvenus dans les commentaires.

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