Comportements excessifs

Il nous arrive parfois d’être démunis face aux comportements de nos enfants. Vous avez passé une super journée au parc, vous avez ri et joué ensemble mais quand vient le moment de rentrer, c’est le drame. Tout bascule. Vous étiez pourtant persuadée que tout allait pour le mieux mais à voir votre enfant piquer une crise de colère, vous vous dites qu’il y a quelque chose qui cloche! (je passe sur le sentiment d’agacement et le poids du regard des autres). Rien, au cours de cette journée ne laissait présager un tel comportement. Tout ça parce qu’il est l’heure de rentrer??? Vous pensez peut être au fond de vous, que plus vous lui en donnez plus il réclame.

Ces réactions excessives sont plus communément appelées caprices ou encore comportements problèmes. Isabelle Filliozat, psychothérapeute nous invite à changer de regard sur ces comportements. Selon elle, ces réactions ne sont que les symptômes d’un problème. Les neurosciences ont prouvé que le cortex préfrontal qui régule les émotions n’est mature qu’à l’âge adulte. Autrement dit l’enfant n’a pas la capacité de gérer et exprimer ses émotions de façon adaptée. Selon Catherine Gueguen, pédiatre, les réactions appelées caprices sont la conséquence de l’immaturité du cortex préfrontal. Les enfants n’ayant pas la capacité d’exprimer leur difficulté par les mots, l’expriment par des comportements jugés inadaptés. En tant que parent il est donc de notre rôle d’accompagner nos enfants à résoudre leur problème.

Les 7 causes des comportements excessifs de nos enfants:

Isabelle Filliozat identifie 7 causes aux comportements inappropriés de nos loulous:

  • un stress
  • un manque d’information
  • un besoin non comblé
  • un comportement dû à son âge
  • un soucis dans son cœur
  • un manque de compétence
  • l’ imitation d’un adulte

 

L’idée est donc d’identifier les causes des comportements excessifs afin d’y répondre de la façon la plus adaptée. En effet, notre réaction de parent ne sera pas la même selon que le comportement provient d’un stress ou d’une imitation.

Voyons en détail ces 7 causes:

Le stress:

Le stress provoque 3 types de réaction: l’attaque (l’enfant crie, tape), le figement (l’enfant paraît comme tétanisé) et la fuite ( l’enfant pleure, boude). Lorsque notre enfant adopte une de ces 3 attitudes, il y a de fortes probabilités pour qu’il soit sous stress. Dans ces moments là, rien ne sert de tenter de le raisonner. En effet, le stress empêche l’enfant d’écouter (et l’adulte aussi d’ailleurs). Ce n’est pas le moment de lui dire « va dans ta chambre pour réfléchir à ta bêtise » car il en a pas la capacité physiologique. L’enfant a besoin d’évacuer son stress. Comme il n’a pas la capacité de le faire seul, il a besoin de l’adulte pour se calmer. C’est pourquoi l’adulte doit rester calme lui aussi.

Le manque d’informations:

Souvent les choses nous paraissent évidentes en tant qu’adultes. Les cailloux ne servent pas à dessiner des Mr patate sur les voitures! La queue du chat n’est pas un pompom! Le rouge à lèvre de maman n’est pas une craie…! Cela dit, les choses ne sont peut être pas aussi claires pour eux. J’ai rencontré un jour une maman qui m’expliquait que son fils avait peint sur de grandes feuilles collées aux murs à la crèche. De retour à la maison, voulant montrer son talent à ses parents, il a dessiné sur les murs du salon (sans feuille évidemment!). Il ne savait pas que certains comportements sont tolérés dans un contexte et pas dans d’autres. Dès lors comment pouvons nous dire que son comportement est négatif ou volontaire? S’assurer que les règles sont connues de l’enfant est une bonne façon de prévenir les comportements inadaptés.

Comportement de son âge:

Connaitre les phases de développement permet d’adapter nos réactions et nos exigences. Certains comportements correspondent peut être tout simplement au stade « normal » de développement de son âge ». Un enfant de deux ans qui s’oppose à vous, réfute tout ce vous dites n’est pas un enfant désobéissant ou mal élevé. Il traverse simplement la célèbre phase d’opposition. Certains psychopédagogues expliquent cette période d’opposition par l’imitation. En grandissant l’enfant devient de plus en plus autonome, il expérimente et entend régulièrement « non »: « Non, ne touche pas le placard » « non, ne met pas les doigts dans ton nez », « non ne répond pas »… il entend « non » toute la journée et reproduit le « non ».

Besoin non comblé:

Les enfants ont des besoins fondamentaux (besoins physiologiques, de sécurité, de relations sociales, d’estime et d’accomplissement). Quand un besoin fondamental n’est pas comblé cela provoque un stress chez l’enfant pouvant engendrer des comportements inappropriés. Le comportement excessif devient alors un moyen d’exprimer ce stress.  Il est donc intéressant de se demander quel besoin fondamental n’est pas comblé. Si notre enfant est grincheux, il manque peut être de sommeil? il ressent peut être une douleur quelque part?

Un soucis dans son cœur:

Lorsque nos enfants rencontrent des difficultés émotionnelles (tristesse, colère, peur…) ils ne sont pas disponibles pour coopérer, la moindre contrariété peut alors devenir le déclencheur d’un comportement inadapté. Il existe des tas d’outils de gestion émotionnel (j’en reparlerai dans un prochain article). Le plus simple consiste à inciter l’enfant à se confier en lui posant des questions pertinentes: « qu’est-ce que tu ressens? » « où as tu mal? ». De manière générale il faut éviter les « pourquoi » car les enfants pensent que l’on attend une réponse précise de leur part. Ils peuvent donc nous fournir une réponse pour nous satisfaire. L’important est d’écouter sans intervenir, sans juger pour faire émerger l’émotion.

Une imitation:

Nous savons tous que les enfants apprennent par imitation. Ils reproduisent les comportements des adultes lorsqu’ils jouent à la dînette, à la maîtresse etc… S’ils reproduisent les comportements positifs, ils reproduisent également les comportements négatifs: ils repetent les gros mots, reproduisent certains comportement. Lorsque notre enfant témoigne un comportement excessif demandons nous s’il n’est pas tout simplement en train d’imiter quelqu’un. tentons dès lors d’incarner un modèle positif pour nos loulous.

Un manque de compétences:

Un comportement excessif peut être dû à un manque de compétence. Si notre enfant tape son camarade de classe pour obtenir un jouet peut être qu’il ne sait tout simplement pas comment faire autrement? Dans ce cas, il s’agit de lui montrer l’exemple, lui enseigner les bons comportements. Toutes les situations du quotidien sont propices à ces apprentissages: montrer lui comment on attend sans doubler au super marché attendre, comment on prête un livre à une amie plutôt que lui voler. Le jeu est également un excellent support d’apprentissage.

Réagir aux comportements excessifs en 6 étapes:

Pour Jane Nelsen fondateur de la discipline positive, c’est en prenant conscience que nous participons au comportement inapproprié que nous pouvons changer notre réponse. Il explique: « N’oublions pas qu’il faut être au moins deux pour entrer dans une lutte de pouvoir. » En effet si nous répondons à la colère par la colère, nous tombons alors dans ce que j’appelle « l’escalade de la violence ». Adopter une réaction fermée renforce le comportement. Aucun problème ne se résout par la force (c’est en tout cas mon point de vue). Catherine Gueguen écrit à ce sujet « crier, punir ne sert à rien sauf à humilier l’enfant, à le mettre en colère contre l’adulte et à détériorer les relations ».

En recoupant le resultat des recherches menées à ce sujet, mes lectures et mes expériences de terrain, j’ai élaboré

une technique en 6 étapes:
  1. Dans un premier temps je vous conseille de respirer, de relativiser afin de ne pas réagir par la colère. Il est important de vous calmer pour pouvoir analyser le problème et y répondre de façon bienveillante.
  2. Dans un second temps, si la situation le permet, je vous encourage à prendre votre loulou dans vos bras, pendant au moins 20 secondes. C’est le temps nécessaire à la libération de l’ocytocine. Cette hormone anti-stress est un puissant axiolytique qui permet à l’enfant de se calmer. (je rédigerai un article complet sur le stress prochainement)
  3. Dans un troisième temps, vous pouvez détourner son attention en suscitant son intérêt pour autre chose. Cela suffit souvent à lui faire oublier l’objet de sa colère.
  4. Dans un quatrième temps, une fois la tempête passée, il est nécessaire de revenir sur la situation avec l’enfant. Attendez d’être rentrés chez vous, au calme. Échangez avec votre enfant sur ce qui s’est passé. « qu’as tu ressenti? qu’est ce qui s’est passé dans ta tête? dans ton corps? Ce temps d’échange permet à l’enfant de mettre en mot ses ressentis et de développer son intelligence émotionnelle. C’est cette intelligence qui lui permettra de comprendre, exprimer et gérer ses émotions de façon adaptée.
  5. Dans un cinquième temps il s’agit d’encourager l’enfant à trouver 3 solutions pour ne pas reproduire ce comportement. Vous pouvez amorcer cette recherche par le biais d’un jeu. Vous rejouez la scène en inversant les rôles ou avec des playmobils. Vous organisez un conseil des grands sages où l’enfant joue le rôle d’un sage qui résout les problèmes. Toutes les suggestions, même les plus farfelues sont les bienvenues. Vous en retenez 3 à tester la prochaine fois. Comme l’enfant aura participé à l’élaboration de ces solutions il sera beaucoup plus enclin à coopérer.
  6. Enfin, dans un dernier temps, je propose souvent aux familles que j’accompagne de remplir un relevé de données. Ce support demande un certain travail de la part du parent mais les informations collectées sont précieuses. Il s’agit d’observer, repérer et noter le contexte dans le lequel se produit le comportement excessif: date, moment de la journée, activité en cours, émotions ressenties, personnes présentes etc… J’invite les parents à se demander quel est l’élément déclencheur? quel est le symptôme et quelles sont les conséquences posées? Y a t-il eu des changements dans le quotidien de l’enfant? quelles sont les causes de ce comportement? L’enfant a t’il la compétence de pouvoir  faire autrement que se qu’il fait? Lors de mes séances je réalise un relevé de données totalement adapté à la situation particulière. Néanmoins je vous en ai préparé un assez général qui peut se prêter à plusieurs situations. Vous pouvez le télécharger ici.

Certain penseront certainement que cette façon de faire relève du laxisme. Que nous donnons tous les droits à l’enfant en le laissant décider, en le câlinant. En réalité il n’en est rien. Prendre l’enfant dans ses bras pendant un comportement excessif n’est pas une façon de céder à son caprice. C’est au contraire une façon de le calmer. Impliquez l’enfant dans la recherche de solution n’est pas une façon de le rendre tout puissant. C’est au contraire une manière d’obtenir sa coopération. Enfin, rester calme ne signifie pas que vous n’avez pas d’autorité. C’est au contraire vous faire obéir sans crier.

En bref…

 

Pendant le comportement inapproprié:
  • Se calmer et respirer pour ne pas réagir de façon excessive.
  • Prendre l’enfant dans ses bras pendant au moins 20 secondes.
  • Détourner son attention en lui parlant de quelque chose d’agréable.
Une fois l’enfant calmé, revenir sur la situation
  • Communiquer avec l’enfant sur ce qui s’est passé, exprimez vos ressentis respectifs.
  • Aider l’enfant à trouver au moins 3 solutions pour répondre à son problème.
  • Remplir le relevé de données pour pouvoir analyser les informations recueillies.

Je vous ai également préparé une petite infographie des 6 étapes. Vous pouvez l’imprimer de façon à la garder sous la main.

Et dans la vraie vie ça donne quoi?

Arthur et son papa font les courses au super marché. Arthur voudrait que son papa lui achète un magazine mais ce dernier refuse. Arthur se met en colère, il tape du pied. Le papa d’Arthur sait que s’il se met à crier lui aussi, il envenimera la situation. Il prend une grande inspiration, se met à la hauteur de son fils et le prend dans ses bras. « dis moi? tu voudrais mettre quoi dans tes crêpes ce soir? parce-que nous n’avons plus rien à la maison, si on allait chercher tout ce qu’il faut? »

Une fois rentrés à la maison, le papa d’Arthur sait qu’il est important de revenir sur ce qui s’est produit dans le super marché. « Quand tu cries et que tu tapes du pied dans le super marché, je ne comprends pas ce qui se passe dans ta tête et dans ton cœur. J’ai besoin de comprendre pourquoi tu réagis comme ça. Est ce que tu peux m’expliquer s’il te plait? » « J’en ai marre parce que tu dis toujours non, tu veux jamais jouer avec moi, tu veux jamais me faire plaisir et tu t’en fiche de moi ». Ensemble ils ont réussi à identifier le problème d’Arthur: il a besoin de plus d’attention au quotidien. Arthur propose alors plusieurs solutions:

  • « tu joues avec moi tous les jours »
  • « on répète les consignes avant d’entrer dans le super marché »
  • « on passe pas dans le rayon des magazines »
  • « tu me fais une surprise un jour en m’achetant un magazine »…
  • « on ne fait plus les courses ensemble »
  • « on fait les courses au drive »

Arthur et son papa choisissent ensemble 3 solutions à tester la prochaine fois.

Je vous entends de là dire « oui, c’est bien beau tout ça mais avec le mien ça marche pas… » Il est évident que ça ne fonctionne pas toujours du premier coup. La parentalité positive demande beaucoup de persévérance.  Mon ultime conseil est de consacrer entre 10 et 15 minutes par jour de pleine présence à votre enfant. Isabelle Filliozat explique que “L’amour n’est pas une récompense, c’est un carburant”. Ces temps consacrés à nos enfants, sont des temps où l’on remplit leur “ réservoir d’amour”. Ainsi ils développeront les ressources nécessaires pour surmonter les moments moins agréables. Ils coopéreront et accepteront plus facilement “le non” et notre relation sera renforcée. Pendant ces 15 minutes vous pouvez méditer, échanger de la tendresse, lire un livre ou encore jouer. Je vous assure que vous remarquerez une différence notoire dans les comportements de votre loulou.

Gardez en tête que le comportement excessif n’est que le symptôme d’un problème. Si votre enfant se roule par terre parce qu’il n’a pas eu de glace, le refus n’est pas la cause de son comportement, c’est un déclencheur. Son comportement vient dire quelque chose de plus profond.  Enfin, tentez de repérer les situations qui annoncent un comportement inadapté: les signes de fatigue, les jérémiades, l’agitation…

A faire pour prévenir la crise:
  • Se faire des câlins
  • Incarner un modèle positif pour l’enfant
  • Avoir des exigences adaptées à son âge
  • Combler les besoins fondamentaux
  • Favoriser l’expression des émotions
  • Fixer des règles connues et comprises de l’enfant
  • favoriser l’autonomie de nos enfants

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Ouvrages pour cet article:

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On échange autour de cet article?

  • Quels sont les comportements de votre enfant qui vous laisse le plus démuni(e)?
  • Pensez-vous pouvoir utiliser ces 6 étapes pour réagir aux comportements indésirables de votre enfant?
  • Comment accompagnez-vous votre loulou dans la gestion de ses émotions fortes?

Vos avis, expériences et suggestions sont les bienvenus dans les commentaires. Merci.

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