Comment gérer les conflits entre frères et sœurs?

« Maman !!! elle veut pas m’rendre la télécommande » « il m’a tiré les cheveux !!!» « elle a volé ma poupée ». J’imagine que ces scènes vous sont vaguement familières. Vos enfants ont beau s’aimer d’un amour infaillible, ils sont sans cesse en train de se quereller. Quand ils ne sont pas ensemble ils s’ennuient, quand ils sont ensemble, ils se disputent.

La plupart du temps nous tentons de réagir de la façon la plus juste qui soit. Sans comprendre réellement le pourquoi du comment, sans identifier la cause du drame, nous jouons les arbitres, tentant de trancher en faveur de ce qui nous parait le plus pertinent. Pas évident de gérer un conflit.

Les conflits:

Tout d’abord il me parait important de préciser que le conflit, en plus d’être normal est tout à fait sain. Je pense même qu’il est nécessaire à toute relation. Loin d’être agréable il permet à l’enfant d’apprendre et de se construire. Ce qui est important n’est pas tant le conflit en  lui-même, mais ce que nous en faisons, la façon dont nous le gérons.

Sauf que, soyons honnêtes, parfois nous avons le sentiment de ne rien gérer du tout et de nous épuiser. Même le célèbre bisou magique et la traditionnelle poignée de main de fin de discorde, n’y change rien: ça recommence!

Je ne vais pas vous mentir, si vous espérez trouver dans les lignes qui suivent une technique magique pour ne plus vivre de disputes, vous allez être déçue. Je suis désolée de vous le dire mais elle n’existe pas. Bien sur vous trouverez ça et là des conseils pour déjouer au mieux les altercations (la communication bienveillante est d’ailleurs un excellente moyen), malgré tout, il y aura toujours des conflits. Et tant mieux d’ailleurs!

Le conflit, comme l'échec, nous permet d'avancer. Click To Tweet

Que se passe t-il dans la tête de nos enfants en cas de conflits ?

Chez l’adulte, le cerveau lymbique, siège des émotions fortes est connecté au cerveau préfrontal qui nous aide à réguler nos émotions. Quand il y a crise ou conflit notre cerveau préfrontal se déconnecte de notre cerveau lymbique, nous ne sommes plus en capacité de raisonner, de nous apaiser.

Si je vous parle de notre cerveau d’adulte c’est pour mieux vous expliquer l’immaturité de celui de nos enfants. En effet chez les enfants et jusqu’à environ 25 ans (bon courage 😉  le cerveau préfrontal n’est pas connecté au cerveau lymbique. Autrement dit, ils n’ont pas la capacité physique de gérer leurs émotions.  Les conflits génèrent alors des émotions tellement intenses qu’ils ne peuvent pas se calmer. Face au stress ressenti, ils ont alors 2 solutions : l’attaque ou la fuite.

Regarder ma vidéo: Comprendre l’immaturité du cerveau de l’enfant

Ajouté à cela le rôle des neurones miroirs. Le neurologue Italien Giacomo Rizzolatti a prouvé que lorsque nous regardons une personne manger, la zone de la bouche s’active dans notre propre cerveau. Ceci explique le fait que l’on baille suite au bâillement d’une personne en face de nous ou que nous pleurions devant un film triste. Les neurones miroirs sont en quelques sortes les racines de l’empathie. Ils nous font éprouver les mêmes sentiments que les personnes en face de nous. Ils nous aident à comprendre les autres.

Quand un enfant est face à un enfant en colère, dans le cas d’un conflit par exemple, ses neurones miroirs entrent en jeu et la zone de la colère s’active dans son propre cerveau, il y a alors « escalade de la violence » car les deux enfants se renvoient de la colère et activent respectivement leurs neurones miroirs.

En parentalité positive on dit que derrière chaque comportement indésirable se cache une intention positive. Nos enfants ne se disputent pas par plaisir, les conflits sont simplement les symptômes de besoins non comblés.

Lire aussi: les 7 causes des comportements excessifs des enfants

le triangle de Karpman

Stephen B Karpman, psychologue, a mis en évidence le « triangle dramatique ». Selon lui, dans une situation de conflit, 3 rôles se dégagent :

vers une parentalité positive-Le triangle dramatique de Karpman

  • Le sauveur : il distribue les rôles en déterminant qui est le coupable et qui est la victime. Malheureusement parfois la répartition des rôles est hasardeuse. Le sauveur à tendance intervenir même quand on ne lui demande pas, il protège et défend la victime qu’il considère comme inférieure au point parfois, de la rendre dépendante.
  • La victime : elle se positionne comme inférieure. Elle se plaint, s’apitoie et cherche parfois un sauveur sur qui elle peut se reposer. Elle se sent ainsi réconfortée et comprise. Elle ne développe pas la capacité à résoudre ses problèmes car elle est quelque part sous « l’emprise du sauveur ».
  • Le persécuteur: il attaque, humilie, donne des ordres. Il considère la victime comme inférieure. Il nourrit un sentiment de rancune envers le sauveur qui lui donne tort.

Imaginons une situation :

Arthur, 15 ans, taquine sa petite sœur Lili, 10 ans. Pendant la préparation du repas, une dispute éclate. Il semblerait que Lili ait piqué le téléphone d’Arthur, ne voulant pas lui rendre il l’aurait bousculé pour récupérer son précieux !!! Lili pleure, Arthur est en colère !

Dans cette situation, nous avons vite fait de nous poser en sauveur celui qui va résoudre le problème. Nous allons alors distribuer les cartes => la victime est Lili (qui l’a un peu cherché) le persécuteur est Arthur (qui est relou avec son téléphone).

Les risques du triangle dramatique

Souvent dans les fratries les rôles s’instituent, il y en a un qui tape et un qui pleure, un dur et un chouineur, il y a la « la petite chipie » et « le pauvre chéri »… Le problème c’est que sur le long terme ces étiquettes façonnent les personnalités de nos petits poulets.

l’enfant, s’il est sans cesse désigné comme persécuteur, risque d’altérer sa confiance en lui, pire, d’intérioriser qu’il est mauvais. Effectivement, plus on dit à un enfant qu’il a un mauvais comportement, plus il intériorise ces comportements comme faisant partie de sa personnalité (puisqu’on arrête pas de lui dire!), plus il les reproduit.

L’enfant, s’il est sans cesse désigné comme victime se sent réconfortée mais n’apprend pas à trouver les ressources en lui pour gérer ses problèmes. Il aura tendance à toujours se référer à l’adulte et à manquer de confiance en lui.

Et du coup, on fait comment…

Sortir du triangle dramatique:

Pour sortir du triangle dramatique et donc du conflit, il est nécessaire que nous sortions de notre rôle de sauveur. Que nous ne désignions ni coupable ni victime. Nous devons plutôt tendre vers le rôle de médiateur, celui qui favorise les échanges sans prendre partie. Cela est plus facile à dire qu’à faire…

Dans l’idéal…

En parentalité positive on préconise ne pas intervenir (ou en tout cas, le moins possible) lorsqu’il y a un conflit entre deux enfants. Cette technique permet de ne pas prendre partie, de ne pas distribuer les cartes « victime » et « persécuteur » et éviter le rôle du « sauveur ».  Il faudrait laisser les enfants gérer SEULS leur différend, tout en restant à côté, attentif et disponible… Dans les mots, la « technique » est simple puisqu’il s’agit de dire aux enfants quelque chose du genre: « Je vois que vous vous disputez mais je vous fais confiance pour trouver une solution ensemble« . Puis de les envoyer se référer à leur roue des choix, afin qu’ils trouvent ensemble une solution qui satisfasse les besoins de chacun: « je me demande quelle solution vous allez pouvoir trouver sur votre  roue des choix »

exemple de roue des choix pour la tristesse
lire aussi: Comment aider un enfant à résoudre ses problèmes (grâce à la roue des choix en autres)

En tant qu’éducatrice je pense effectivement que c’est un très bon conseil, sauf que…

…Dans la vraie vie

Dans la vraie vie ou en tout cas, quand il s’agit de nos propres enfants, c’est beaucoup plus difficile de prendre de la distance. Ne pas intervenir, prendre le risque que le conflit perdure est juste inconcevable. J’ai donc recoupé mes recherches et mon expérience de terrain pour vous proposer quelques pistes.

  1. Prendre les 2 enfants  et se mettre au centre, un enfant de chaque côté
  2. Entamer une conversation, en leur demandant à chacun, de présenter:
    • les faits
    • les conséquences
    • les intentions initiales
  3. Invitez les à chercher ensemble des solutions pour résoudre leur problème.

Remarque: veillez bien à ce qu’ils ne se coupent pas la parole, essayez de comprendre avec eux, de reformuler, jusqu’à ce que la reformulation convienne aux deux enfants. Ne jugez pas, ne faîtes pas la morale, ne donnez pas de leçon (en tout cas, essayez!)

Ainsi, si on reprend l’exemple de tout à l’heure cela pourrait donner:

  • Parent: « Je vois que vous vous disputez, expliquez moi chacun votre tour ce qu’il s’est passé »
  • Arthur « elle a piqué mon téléphone »
  • Lili « il m’a poussé »
  • Parent « donc, Lili, tu as prit le téléphone de ton frère et que s’est-il passé ensuite?
  • Arthur « elle voulait pas m’le rendre alors j’l’ai récupéré de force »
  • Lili « oui il m’a poussé sur la porte »
  • Parent: « d’accord, Arthur t’a bousculée pour récupérer son téléphone, que voulais-tu faire avec ce téléphone? »
  • Lili  » je voulais juste faire un jeu »
  • Arthur « tu aurais dû me demander »
  • Parent « très bien, que pourriez-vous faire la prochaine fois pour éviter d’en arriver là? »
  • Arthur « la prochaine tu me demandes Lili! »
  • Lili « ok, sinon tu n’as qu’à m’acheter un téléphone maman… » (les enfants ont toujours des solutions!)

Je suis d’accord avec vous, tous les conflits ne se résolvent pas aussi facilement, cette petite conversion est simplement un support pour vous aider à vous représenter une conversation constructive sans rentrer dans le triangle dramatique. Vous pouvez également utiliser les 4 temps de la communication bienveillante: observation des faits/expression des sentiments/ expression des besoins/demande.

Lire aussi: Communiquer de façon bienveillante en famille

Dernier petit conseil:

Quelque soit la tournure que prendra le conflit, votre capacité à ne pas trop intervenir et celle de vos enfants à canaliser leurs émotions, il me parait important de ne pas punir. Ce n’est pas par laxisme mais pour le bien être de tous. Les enfants sont comme nous, ils n’aiment pas le conflit, cela génère des émotions désagréables: tristesse, déception, culpabilité. Ils se punissent déjà eux mêmes. Et surtout, il existe d’autres alternatives tellement plus constructives que les punitions…

lire aussi: Pourquoi et comment remplacer la punition
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  • Vos enfants se disputent-ils souvent?
  • Comment réagissez-vous quand vos enfants se disputent?
  • Avez-vous des conseils à donner aux autres Mam’ambitieuses pour gérer les conflits entre frères et sœurs?

Vos avis, expériences et suggestions sont les bienvenus dans les commentaires.

2 Comments
  • Camille
    septembre 19, 2017

    bonjour, je découvre votre blog et j’en suis ravie! éducatrice spécialisée également, maman de deux enfants de 2 ans et demi et 7 ans, les conflits… on connait! j’essayais déjà de ne pas me mettre ne sauveur(se), mais là les explications et conseils sont plus que limpides pour moi. Merci! Du bon sens, que vous nous rappelez, et des valeurs qui me parlent. Tellement de bien de lire tout ça venant d’une éducatrice spécialisée… je me sens un peu seule des fois vers ce chemin de la bienveillance. Encore merci et au grand plaisir de vous lire. Camille

    • vers une parentalité positive
      septembre 19, 2017

      Merci Camille pour votre commentaire. Je suis ravie de savoir que ces explications vous ont éclairée dans votre positionnement professionnel mais aussi et surtout dans votre rôle de maman. Car effectivement, on a beau être éducatrice, le métier de maman est bien différent! Bonne continuation. Marine

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